À Pau, la franc-maçonnerie commence en 1775 avec la loge La Sincère Réunie, vingt-trois membres animés par la raison, la tolérance et la fraternité. Quelques années plus tard, elle devient Le Berceau d’Henri IV, hommage au souverain pacificateur. Révolutions et bouleversements n’éteignent pas cette flamme fragile mais tenace.
L’histoire de la loge est faite de renaissances successives. En 1808, elle renaît avec soixante-cinq membres avant de se mettre en sommeil en 1810. De 1863 à 1875, une période d’activités intenses précède le renouveau du 10 novembre 1888, avec le nom Le Réveil du Béarn, souffle printanier sur une terre encore froide.
Tous les quinze jours, les colonnes s’ouvrent à une vingtaine de membres avides de débats et d’initiations. Treize initiations et trois affiliations sont comptées dès 1888. La loge s’engage dans les grandes causes : abolition des conseils de guerre, défense de la laïcité, promotion de la libre-pensée.
En 1901, elle devient un acteur vivant du monde républicain : soutien aux personnalités politiques, actions sociales, patronages, cantines scolaires, collectes pour enfants pauvres. Lors de la préparation de la loi de séparation des Églises et de l’État, les membres apportent leur discernement et leur vision d’une société éclairée.
Pendant les guerres, la flamme perdure. La Première Guerre mondiale inspire des vœux pour la paix et un tribunal international. Dans les années 1920, la loge reporte à plus tard l’initiation aux femmes. Même sous l’Occupation, certains membres rejoignent la Résistance, parfois au prix de leur vie, et renaissent avec la Libération.
En 2014, la loge initie sa première femme. Fidèle à sa tradition mais ouverte au monde, elle accueille aujourd’hui hommes et femmes qui œuvrent côte à côte, incarnant l’idéal du Réveil du Béarn : réveiller les esprits, éclairer les consciences et tisser une fraternité qui dépasse le temps et les frontières.